Comment faire taire les Belges…

Posté par BAUDOUIN SCHOMBE le 30 avril 2008

Le couple RDC-Belgique semble avoir renoué avec ses querelles de ménage des années Mobutu. Les « Noko » – entendez les Belges ont fait sortir de ses gongs, la semaine dernière, Joseph Kabila. Le président congolais n’a pas du tout apprécié le contenu et la tonalité du message lui apporté par trois ministres belges en séjour à Kinshasa, à savoir Karel de Gucht (Affaires Etrangères), Pieter De Crem (Défense) et Charles Michel (Coopération). Et, il a dit haut et fort qu’il n’acceptait pas des « leçons » portant sur la bonne gouvernance, la corruption, les contrats miniers, les droits de l’homme, la coopération bilatérale ou multilatérale…

Pour de nombreux observateurs, les officiels belges vont continuer à faire du bruit tant ils ont du mal à se débarrasser, 48 ans après l’accession de notre pays à sa souveraineté nationale et internationale, de leur costume de parrains de la classe politique congolaise et de surveillants des actes des gouvernants congolais. On se souvient de l’activisme de l’ancien ministre des Affaires Etrangères, Louis Michel, actuellement Commissaire Européen au Développement et à l’Action Humanitaire, dans la mise en forme du Dialogue Intercongolais et le financement, par l’Union Européenne, des élections congolaises.
Il était clair qu’il agissait davantage par sentiment que par raison d’Etat. Cet état d’esprit belge consistant à considérer le Congo démocratique, Etat indépendant et souverain, comme une éternelle colonie belge est difficile à évacuer. Pour amener les Belges à se taire, il faudrait que les Congolais leur apportent la preuve irréfutable qu’ils peuvent diriger et gérer autrement leur pays, comme un Etat moderne et démocratique. Un tel exercice devrait passer paradoxalement par des réponses de terrain aux sujets qui « fâchent » présentement.

Bonne gouvernance : des interrogations…

La bonne gouvernance, cette recette qui fonde le progrès des Etats modernes, est-elle d’application en République Démocratique du Congo ? A l’analyse de la marche générale des affaires publiques, le commun des Congolais est tenté d’en douter. Lorsque l’on apprend que le train de vie de l’Etat congolais, à travers les animateurs des institutions politiques nationales et provinciales, n’est pas en phase avec la modicité du Budget national et des budgets provinciaux, on est en droit de se poser des questions.
Lorsque les institutions financières internationales ajournent notre éligibilité à l’Initiative des Pays Pauvres Très Endettés, laquelle devrait conduire à l’effacement de plus de 9 milliards de notre dette extérieure sur environ 14 milliards à cause des dérapages à répétition dans l’exécution des budgets nationaux depuis cinq ans, cela montre que la RDC n’est pas à l’école de la bonne gouvernance.
La satisfaction du « point d’achèvement » parait désormais comme le meilleur indicateur de l’amélioration de la gestion du pays par les hommes au pouvoir. Des actions visibles de lutte effective contre la pauvreté devraient prendre la place des effets de démonstration d’un petit îlot de richesses détenues par un carré de bourgeois politiques. Le phénomène de nouveaux riches au pouvoir qui « s’installent et installent » comme sous le régime Mobutu ne ferait qu’apporter de l’eau au moulin de ceux qui croient au pillage continu des richesses du grand nombre par une poignée de prédateurs en cravates couverts par leurs immunités politiques.

Contrats miniers : la transparence

Les Belges s’inquiètent beaucoup de l’avenir des générations futures des Congolais qui risquent de se trouver bloquées par des contrats miniers et autres, courant sur 20 à 30 ans, et puant l’arnaque à mille lieues. Tout le monde sait que la Commission de revisitation des contrats miniers, mise sur pied par le gouvernement Gizenga et qui a livré des conclusions accablantes pour leurs signataires en fin d’année dernière, a suggéré au gouvernement la résiliation de plus de 2/3 de ces accords léonins et la renégociation du 1/3.
Lors des Etats généraux des mines organisés au mois de mars dernier, le ministre responsable du secteur a révélé que plus de 4.000 titres miniers étaient détenus par de prétendus investisseurs sans capitaux, sans outils de travail et sans personnel. Ces capitalistes aux mallettes vides à leur arrivée en RDC se contentent de miser en bourse, de se faire du beurre sur le dos du peuple congolais sans verser une seule goutte de sueur. Les dividendes de l’exploitation minière assise sur des contrats léonins sont dérisoires.
S’il y a un défi à relever par le gouvernement congolais, c’est celui de la transparence dans la gestion de fabuleux gisements miniers où dorment les richesses nationales. Ce n’est pas la cacophonie que l’on observe au Sénat au sujet du travail de dépoussiérage des contrats miniers qui pourrait rassurer les esprits, ni la cachotterie dans laquelle a tendance à se réfugier de nouveau le gouvernement, par la mise sur pied d’une super commission appelée à discuter, en catimini, avec les exploitants miniers à problèmes.
S’agissant des contrats chinois, le moyen de couper court à la spéculation serait de transformer le pays en ruche bourdonnante de chantiers routiers, ferroviaires, sanitaires, aéroportuaires, fluviaux, énergétiques, sociaux et autres, afin de confirmer la disponibilité effective des milliards de dollars promis par ces investisseurs d’un type nouveau. Le premier coup de pioche annonçant la réhabilitation de l’avenue de la Libération à Kinshasa et la construction de l’autoroute Kasumbalesa – Lubumbashi représentent déjà des signaux positifs.

Corruption : ouvrir les prisons

La seule façon de combattre la corruption, c’est de restructurer l’appareil judiciaire, au double plan humain et organique. Le coup de balai donné par le chef de l’Etat dans le secteur de la haute magistrature a constitué une alerte positive. Le débat en cours au sein de l’Assemblée Nationale autour de la réforme de la justice congolaise est encourageant.
La corruption- cela est vrai- est un fléau qui affecte toutes les sociétés humaines. Mais, elle a pris des proportions telles en RDC que pour la combattre et atténuer ses effets, il faut que les portes des prisons s’ouvrent effectivement aux corrupteurs et corrompus, qui se recrutent par centaines dans les cercles des décideurs politiques, des mandataires publics, des autorités administratives, militaires et policières, des fonctionnaires, des ministres de Dieu, des responsables des Ong, etc.
La fin de la récréation et donc de l’impunité serait la réponse appropriée à donner à ceux qui, par des pratiques illicites, qui appauvrissent l’Etat congolais et ses citoyens.

Restaurer l’Etat de droit

L’Etat de droit n’existe que de nom en République Démocratique du Congo. Les violations quotidiennes des droits de la personne humaine sont le lot du petit peuple. A Kinshasa comme en provinces, des citoyens sont arrêtés n’importe où et n’importe quelle heure pour des peccadilles, jetés dans des cachots ou en prison, torturés et truandés par les magistrats et leurs auxiliaires ou les agents des services spéciaux dans l’illégalité la plus parfaite.
Dans ce pays, un individu peut se faire arracher sa maison, son argent, ses biens, sa femme, ses enfants par quiconque détient une petite parcelle de pouvoir. La justice à deux vitesses, les abus de pouvoir, le trafic d’influence installent l’insécurité civile au quotidien.
L’unique rempart contre l’arbitraire serait une justice juste, comme dit plus haut, elle-même comptable d’une instance de contrôle et de sanction, afin que la République ne devienne pas l’otage des juges.
C’est, en définitive, aux Congolais d’organiser leur pays, de déblayer la voie du progrès social et économique, d’installer la démocratie, d’améliorer les conditions de vie du grand nombre pour mériter le respect des autres. Tant que le pays va pratiquer la politique de la main tendue, il s’expose au droit d’ingérence de ses donateurs.

(Jacques Kimpozo Mayala)

2008-04-29

 

Laisser un commentaire

 

LE CMV |
LES ANCIENS DU CHAMPS DE CL... |
Bienvenue chez moi ! |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | consensus
| presseecrite
| lesjournalistes