Très fort Kabila

Posté par BAUDOUIN SCHOMBE le 30 avril 2008

MISE EN LIGNE 29 AVRIL | LE SOFT INTERNATIONAL DATÉ 26 AVRIL 2008.
Les rodomontades belges peuvent paraître inacceptables mais que cachent-elles? Sur le dossier Congo, la Belgique n’est jamais forte que quand elle se sait appuyée… par le reste du monde occidental, Europe et… surtout États-Unis.

Jeudi 24 avril en Belgique dans tous les presshop du royaume, il n’y avait que du Président Joseph Kabla Kabange. Toute la presse du pays – du nord flamand riche, mais aussi du Sud francophone pauvre qu’écoute peut-être trop facilement l’ex-Colonie, pour la langue en partage, et où se publie une gazette, «le Soir» – à la une il n’y avait que la photo de Grand Combattant, le Chef de l’Etat de R-dC. En colère – c’est clair. «Kabila aux Belges: «le rapport maîtres-esclave, c’est fini». Une phrase très mobutienne – c’est indiscutable. Le Président répondait aux rodomontades du ministre Karel de Gucht. «La prochaine fois, il y aura un incident». Puis: «Au Soudan, en Angola, en Afrique du Sud, on les aurait chassés». Très fort Kabila. Mobutu dirait: «Ce que j’ai entendu c’était fort de café». Décryptage.

BRUXELLES.
Corruption. Le mot est étalé à la une de toutes les gazettes du royaume – sauf «la Libre Belgique» qui paraît n’avoir pas trouvé une place dans l’avion ministériel belge pour faire voyager sa «spécialiste Congo».

«Corruption». D’où vient encore ce mot? On pensait avoir tourné le dos à cela, voilà que le passé nous rattrape. Ce pays est-il si corrompu?

On avait parlé de milliards de Mobutu, le Maréchal est mort… à quémander. Sa succession en est à chercher un gîte et une assiette. Où sont donc passés ces milliards?

On avait parlé de 50 morts au Campus universitaire. On en a pas montré plus d’un. Où sont les charniers?

On a parlé de 4 millions de morts des rébellions, on aimerait savoir qui a été sur quels cimetières les compter?

On nous avait dit qu’il suffisait de boire 1,5 litre d’eau par jour pour maigrir, aujourd’hui, on nous dit que tout cela fut du bidon. Un médecin de dire: «on a balancé comme cela»!

«Corruption». Comment nier? Qui ignore que nos douaniers sont aussi nos déclarants? Qui ignore que tel ministre a dû dépenser 25.000 euros dans une famille à Paris en une semaine? Avec quel salaire?

Le Président a raison quand il répond au «Soir»: «Si vous avez une liste avec des preuves incriminant des membres du gouvernement, de l’entourage du Président ou du Président lui-même, il faut me donner ces preuves, je prendrai des mesures. Mais je suis un homme juste, je n’aime pas l’arbitraire et je trouve que c’est à la justice de faire son travail».

CE QUE DE GUCHT A DIT A KINSHASA.
Tout comme il a raison quand il déclare au même «Soir»: «Il n’y a pas d’incident, car je n’ai pas voulu qu’il y en ait, il n’y a eu que le début d’un incident, quelque chose comme une provocation… Je sais seulement qu’en Angola, en Afrique du Sud, en Tanzanie, au Soudan et ailleurs, si la délégation belge portait un message comme elle l’a fait ici, elle aurait été chassée. C’est la dernière fois que j’ai accepté de recevoir une délégation porteuse d’un tel message. La prochaine fois, il y aura certainement un incident…»

Quel message donc le ministre belge est venu apporter au Chef de l’État d’un pays souverain – semble-t-il au nom du Gouvernement de sa Majesté le roi des Belges?

D’après ce qui se dit à Bruxelles, le ministre – flamand – des Affaires étrangères qui ne connait d’ailleurs pas la litote aurait accusé Kinshasa d’avoir vendu aux Chinois les mines du pays et d’avoir hypothéqué l’avenir de celui-ci. Le troc représenterait 10 milliards de dollars contre 70 milliards de matières premières. Les Belges auraient voulu savoir où est passé la différence. A moins que Kinshasa se soit fait rouler dans la farine de riz chinois?

Les Belges auraient fait état de leur mauvaise humeur sur au moins deux points: pourquoi le port d’Anvers – firme flamande – a débuté la réhabilitation du port de Matadi a-t-il perdu le marché face aux Emirats Arabes Unis?

Pourquoi le Congo n’a-t-il pas été reconnaissant – en concédant des parts de marché – à l’Europe qui lui a tant apporté dans le processus de normalisation politique? Kinshasa n’a-t-il pas fait montre d’ingratitude?

Pourquoi s’être endetté pour 10 milliards à Pékin alors que ceux-ci qui représentent la dette extérieure du pays vont être effacés grâce à l’accompagnement européen?

Last but not least, autre «point de friction» – reconnu par tous – De Gucht a interrogé le Chef de l’Etat sur le pourquoi de la suppression par Kinshasa du poste de rapporteur des Nations Unies pour les droits de l’homme.

SI PETITE, SI PUISSANTE.
Le Chef de l’État a raison quand il déclare – au même «Soir»: «L’État congolais n’est-il pas souverain? Nous prenons nos décisions en fonction de nos intérêts, de la politique de notre pays et surtout de son développement».

Sur le poste de rapporteur spécial: «Ici? Mais pourquoi chez nous et pas dans d’autres pays d’Afrique? La situation est-elle tellement grave ici qu’il faut que quelqu’un soit toujours là à observer, à surveiller? J’ai suivi les positions des ONG, belges et autres, mais je répète que c’est inacceptable. Ce que je refuse, c’est qu’une sorte de tutelle continue à s’exercer sur nous. Je ne réclame pas le droit de regard, car ici on applique la transparence. Qu’il s’agisse des droits de l’homme, de la gouvernance, tout le monde peut regarder ce qu’il veut. Je me considère comme le premier défenseur des droits de l’homme. Mais une tutelle, non, c’est inacceptable».

Le Chef de l’État a raison quand il déclare – au même «Soir»: «Je constate que chaque fois qu’une mission est dirigée par le ministre des Affaires étrangères, c’est avec beaucoup d’arrogance, comme si nos visiteurs venaient ici pour nom donner des leçons. C’est inacceptable. Le Congo n’acceptera jamais cela, et surtout pas moi. Un autre peut-être, mais pas moi. Dans ce pays, on a versé le sang, et pour notre indépendance, et pour notre libération. Je n’accepterai jamais de leçons de la part de qui que ce soit, qu’il s’agisse du ministre des Affaires étrangères belge ou chinois, peu importe. La Belgique doit décider du type de relations qu’elle souhaite entretenir avec le Congo».

Est-il vrai cependant que la Belgique entretient une relation de longue durée avec le Congo?

«Oui, mais la Belgique est d’abord un partenaire. Moi, j’espère bien que la Belgique sera toujours un pays ami, un pays frère, avec lequel je n’ai personnellement aucun problème. Mais une année et demie après les élections, on ne peut pas traiter avec la République démocratique du Congo comme si on était dans les années 90, qui ont été marquées par la conférence nationale souveraine, la transition, les guerres, etc. Il faut savoir que le Congo a complètement changé, et c’est cela le point de départ: il y a ici un pouvoir légitime. Même avant, Je ne pouvais pas accepter que les gens puissent traiter avec notre pays comme s’il était encore une colonie…»

Très fort Kabila. A Bruxelles, où l’unanimité n’existe pas, il s’est trouvé des bonnes gens pour nous applaudir – tel ce José Happart francophoniste des Fourons – le même! -, le président du parlement wallon. Tel – d’une certaine façon – Louis Michel qui se rendait à Pékin et reconnaissait aux Africains le droit de traiter avec les Chinois. Il a beau jeu le Commissaire européen: il a pris de la distance par rapport à la politique domestique.

Mais cette Belgique si petite mais si puissante, tout au moins quand elle opère sur le Congo! Cette Belgique à la rancune si dure que nous réserve-t-elle?

LES MEILLEURS COUPS PORTÉS.
Ceux qui autour du Président poussent, acquiescent, ne seraient-ils pas les mêmes qui comploteraient? Qui ne sait que les meilleurs coups portés contre l’ennemi sont ceux qui viennent de l’intérieur?

Lors de la guerre de l’Afdl, combien de ceux qui mangeaient avec Mobutu n’étaient-ils pas les mêmes qui refilaient les plans de guerre à «l’ennemi»?

L’ambassadeur de Chine à Kinshasa n’a-t-il pas déclaré récemment: «Nous sommes tout sauf des naïfs»?

Que cachent exactement les rodomontades belges proférées la semaine dernière à Kinshasa? La guerre économique a toujours été un moment crucial.

Comment expliquer que l’hebdomadaire franco-tunisien «Jeune Afrique» se soit invité, à Bruxelles, la même semaine, quasiment sur le même sujet de corruption!

Hasard de journaliste? Formidable capacité d’anticipation? La question reste posée quand on sait que les chancelleries ne sont jamais loin des salles de rédaction de presse.

Il est bon que le Chef de l’État déclare qu’il y a place pour tout le monde – Belges et Européens y compris. «Le Congo a besoin de se développer, le plus vite possible. Afrique du Sud, Angola, Congo-Brazzaville et tant d’autres ont déjà conclu des contrats avec les Chinois et ces pays commencent à se développer à une vitesse incroyable. Je ne vois pas pourquoi on empêcherait la RDC de décider des initiatives pour prendre à son tour son envol. On a besoin aussi d’hôpitaux, de l’accès aux soins pour tous, des écoles, il faut créer des emplois. L’option chinoise a été prise, et on assume, c’est tout à fait irréversible. Je sais qu’au niveau des institutions de Bretton Woods, il y a débat, mais la porte demeure ouverte, nous continuons à dialoguer avec eux. Les Belges ont tort d’avoir peur. Nous devons construire plus de 150.000 km de routes, avec en priorité 15.000 km de routes asphaltées en une quinzaine d’années! Les Chinois en construiront 3.000 : il y a encore de la place pour tout le monde, la reconstruction de ce pays ne se fera pas qu’avec les Chinois… Elle se fera avec tout le monde, avec nos partenaires de bonne foi, et avant tout avec nous-mêmes…»

T. MATOTU.

lesoftonline.net 29/04/2008

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