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MATIERES PREMIERES:Flambées des matières et syndrome hollandais

Posté par BAUDOUIN SCHOMBE le 20 juin 2008

L’Edito Matières Premières

Jeudi 19 juin 2008
Paris, France

Dans cette édition :

De la flambée des matières à la chute des indices boursiers :
l’engrenage commence…
Elles sauvent partiellement votre pouvoir d’achat mais plombent celui des
autres
Isabelle Mouilleseaux

Le « syndrome hollandais » frapperait-il à nouveau ? (I)
Trop d’argent tuerait-il l’argent ?
Emmanuel Gentilhomme

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De la flambée des matières à la chute des indices boursiers : l’engrenage commence…
Isabelle Mouilleseaux

Un nouvel échiquier stratégique mondial est en train de se mettre en place, la partie ne fait que commencer. Toutes les règles du jeu sont en train d’être chamboulées et chacun doit avancer ses pions dans un monde en totale mutation.

La stratégie se joue sous contraintes : explosion démographique, insuffisance et raréfaction des ressources naturelles mondiales d’autre part et, pour couronner le tout, challenge environnemental qui prend des allures de défi.

Objectif ? La maîtrise des approvisionnements en matières et la maîtrise des coûts dans un monde devenu inflationniste.

Si la flambée des matières premières fait les choux gras de certains, la grande majorité d’entre nous sortira perdante de ce petit jeu là. Regardez…

61 milliards de dollars qui assomment l’aérien
Avez-vous entendu cela ? La facture du carburant couterait quelque 61 milliards de dollars aux compagnies aériennes cette année, soit l’équivalent de ce qu’elle leur a coûté sur les quatre dernières années ! Rendez-vous compte du choc que cela représente. L’impact est à ce point violent qu’il pourrait bien remettre tout le business model en cause si le cours du brut devait encore monter.

Licenciements, fermeture de lignes non rentables, chute des cours en bourse… le secteur aérien est dans la tourmente…

Le caoutchouc fait plonger le secteur des pneumatiques
Le caoutchouc naturel vient d’enregistrer un plus haut historique depuis 28 ans à la bourse de Tokyo, atteignant 341 yens le kilo à trois mois. La gomme a le vent en poupe et s’apprécie d’autant plus que le cours du brut s’envole ! Plus celui-ci est cher, plus le coût du caoutchouc synthétique se renchérit.

Conséquence ? Les constructeurs de pneumatiques accusent le coup, les marges s’effritent fortement et les cours plongent. Bridgestone, Michelin…tous les grands du secteur trinquent.

Le secteur automobile voit l’avenir couleur noir brut !
Selon le cabinet en stratégie Arthur D. Little, si le prix du baril atteint 180 $, le coût d’usage des véhicules augmenterait de 28% et freinerait massivement les intentions d’achat des consommateurs. Le marché américain serait de loin le plus touché avec une chute de 28% des ventes !

180 $, c’est pour demain ! Déjà à 135 $, l’impact est réel : les ventes de voitures neuves ont chuté de 8% en mai dernier en Europe. Et je suis prête à parier que vous roulez moins vite qu’avant sur grande route. Pas vrai ?

On pourrait ainsi multiplier les exemples…
A commencer par les terribles émeutes de la faim, tant les denrées alimentaires de base ont vu leur prix s’envoler.

Et les choses ne vont pas s’améliorer. Comme le disais hier Ingrid (rédactrice de notre nouvelle e-newsletter gratuite MoneyWeek) qui commentait les chiffres de la FAO : « dans les 10 ans à venir les prix seront en hausse de 10% pour le sucre et le riz, 20% pour le blé, 30% pour le beurre et les céréales secondaires et 50% pour les huiles végétales. A ces estimations s’ajoutera l’inflation ».
[NDLR : Au cas où vous vous demanderiez qui est Ingrid... sachez qu'il s'agit de la rédactrice de notre toute nouvelle lettre d'information gratuite, La Quotidienne de MoneyWeek ! Tous les matins dans La Quotidienne, Ingrid vous apportera un éclairage décalé et concis sur l'actualité financière et économique du jour -- et puisque c'est gratuit, pourquoi vous en passer ? Cliquez ici pour la recevoir sans plus attendre...]

Le message ? Le jeu de dominos commence…
La flambée des matières, à l’origine des pressions inflationnistes de plus en plus fortes, est en train de freiner notre économie à vitesse grand V. Nous assistons à un véritable jeu de dominos, la hausse des coûts des uns renchérissant, par répercussion, la hausse des coûts des autres…

Tous les secteurs, les uns après les autres, sont touchés. Ce qui impactera au mieux leurs marges et leurs résultats à venir, au pire l’intégralité du business model sur lequel ils reposent.

Non seulement l’inflation affaiblit nos entreprises, mais en plus elle impacte très négativement le consommateur dont le pouvoir d’achat s’effrite. Dans un tel environnement, pouvez-vous imaginer un instant que les indices boursiers se sortent de ce bourbier avec à peine quelques égratignures ?

Entrepreneur, consommateur, investisseur… même combat : place au système D et aux visionnaires !

Pourtant, les analystes continuent de voir la vie en rose
Etant donnée la situation, les valorisations boursières restent à mon avis bien trop élevées par rapport à la réalité économique. Le consensus des analystes sur les profits à venir est irréaliste.

Un chiffre : pour le S&P 500, le consensus table sur une hausse des profits de 10% ! On nage en plein délire… Vous imaginez le taux de croissance économique qu’il faudrait pour atteindre ce chiffre ?

Pas de doute, les analystes semblent refuser d’envisager la réalité telle qu’elle est. Ils voient le monde tel qu’ils aimeraient qu’il soit. Ce qui est très différent !

Mais la machine à broyer ne leur laisse guère le choix. Ils commencent donc à peine à ouvrir les yeux, revoyant (enfin !) certaines de leurs prévisions de résultats à la baisse. Ce qui participe au reflux actuel des indices boursiers.

Nous ne sommes probablement qu’au début de ce réajustement.

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DE LA FLAMBEE DES MATIERES A LA CHUTE DES INDICES BOURSIERS : voici la solution pour en sortir gagnant !

En 2008, le monde de la finance a basculé — la révolution énergétique est déclarée et le pétrole n’est plus bon marché. Les marchés sont pris dans un engrenage contre lequel ils ne peuvent pas lutter.

Pendant les deux années qui viennent, la santé de votre portefeuille tiendra aux choix que vous ferez maintenant.

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Le « syndrome hollandais » frapperait-il à
nouveau ? (I)
Emmanuel Gentilhomme

« La satisfaction que procure la richesse ne réside pas dans la simple possession ni dans des dépenses somptuaires, mais dans son usage mesuré » : cette phrase de Cervantès a beau dater du XVIe siècle, elle n’a rien perdu de sa pertinence. Pour l’économie d’un pays, bénéficier d’un surcroît de ressources financières n’est pas forcément une bonne affaire. Une étrange maladie de pays riches connue sous le nom de « syndrome hollandais » retrouve aujourd’hui une certaine actualité. L’Edito Matières Premières ne pouvait passer à côté.

L’inflation, une vieille histoire !
Il est fort possible que cette phrase ait été inspirée à l’auteur de Don Quichotte par la conjoncture économique de son époque. En effet, voilà cinq siècles, la puissante Espagne profitait des richesses que les galions rapportaient à pleines cales de ses colonies sud-américaines. Pierres précieuses, bois rares et métaux fins du nouveau monde affluaient vers l’ancien.

Grâce au penseur politique Jean Bodin, la suite est connue. Dans son Discours sur le rehaussement et la diminution des monnaies, tant d’or que d’argent de 1578, il consigne tout le mal que ces tonnes de métaux monétaires firent à l’économie espagnole et, par conséquence, à celle de toute l’Europe. En augmentant plus vite que la production ne pouvait la suivre, l’offre de monnaie a provoqué une — sinon la première — crise inflationniste documentée.

Du gaz dans l’eau ! C’est le début de la fortune…
Cette « maladie de riches » a la fâcheuse habitude de ressurgir de temps à autre. Ce qui nous amène à nos Hollandais. Dans les années 30, une filiale de Shell a acquis l’exclusivité des droits d’exploration pétroliers du nord-est des Pays-Bas. Le premier puits d’or noir est mis au jour à La Haye, en 1938. Dix ans et une guerre plus tard, les découvertes s’intensifient en mer du Nord. On trouve surtout du gaz dans le sous-sol marin néerlandais. D’abord un peu, puis beaucoup.

Découvert en 1959, le gisement de Groningen est simplement gigantesque
A tel point qu’une société d’Etat, qui porte aujourd’hui le nom d’EBN, est mise en place pour exploiter et vendre la précieuse ressource aux côtés des opérateurs privés. Amsterdam entend tout à la fois assurer sa sécurité énergétique et profiter de l’afflux des devises.

Voilà la petite Hollande devenue « gazo-Etat ». Suite aux premiers chocs pétroliers, un pic de production sera atteint au milieu des années 70. J’imagine que vous vous dites « jackpot » ! Non pas : à mesure que le gaz est commercialisé, l’économie des Pays-Bas se détraque.

Les quatre symptômes du « mal hollandais »
Première étape
La production gazière néerlandaise dépasse largement les besoins nationaux. La plupart du gaz est donc vendu à des clients étrangers qui doivent acheter des florins pour s’acquitter des factures. Vous vous en doutez, les volumes de gaz sont si importants que ces opérations pèsent lourdement sur le marché des changes. Propulsé par une demande aussi soudaine que persistante, le florin grimpe rapidement contre les autres devises. L’industrie néerlandaise d’exportation voit immédiatement sa compétitivité internationale se détériorer.

Deuxième épisode
Il se tient à l’intérieur des frontières : le pouvoir d’achat des Hollandais s’envole en termes relatifs, grâce à la nouvelle parité du florin. Les importations explosent et la balance commerciale, déjà mal engagée, vire au rouge. Du coup, les prix commencent à présenter de sérieux signes d’inflation. Et comme, pour les Hollandais, il devient plus intéressant d’acheter un téléviseur Thomson ou Telefunken qu’un téléviseur Philips, les entreprises locales subissent un second coup de bambou.

Troisième épisode
Aux Pays-Bas, tout le monde veut travailler dans le gaz, le secteur en pleine croissance par excellence. Comme la productivité y augmente rapidement, les salaires aussi. Face à une désaffection de la main d’oeuvre, le secteur manufacturier réagit en augmentant lui aussi les rémunérations pour retenir ses salariés. Et l’inflation se porte de mieux en mieux.

Bouquet final
Comme l’énergie est devenue le secteur d’activité le plus rentable des Pays-Bas, il concentre les investissements productifs, achevant ainsi de déglinguer l’économie nationale. Inflation forte, tissu productif déstructuré, chômage en hausse, moral en baisse, la Hollande est dans un triste état à la fin des années 70.

Et voilà comment est né The Dutch Disease
En novembre 1977, l’hebdomadaire britannique The Economist titre l’un de ses articles The Dutch Disease (le mal hollandais), une expression qui fera florès lorsque le mal en question sera théorisé par les économistes américains Corden et Neary, en 1982.

L’économie néerlandaise a tant souffert de sa soudaine « richesse » que son cas est devenu emblématique. Attention : nous ne disons pas que l’arrivée de rentes conduit systématiquement au désastre. Si le Royaume-Uni des années 80 présente des symptômes similaires, la Norvège constitue un bon contre-exemple. Ceci dit, la réorientation du capital et du travail d’un secteur d’activité à un autre est forcément douloureuse surtout que, à l’époque, ni les entreprises, ni le marché du travail néerlandais n’étaient suffisamment souples pour absorber un tel choc.

Circonstances aggravantes
Facteur aggravant, l’Etat hollandais n’a pas su réagir face à ce changement structurel. Les réserves de changes gazières de la Hollande ont été redistribuées sous forme des dépenses publiques les plus élevées de l’Ouest, dont beaucoup de baisses d’impôts. La meilleure manière de soutenir l’inflation sans envisager « l’après-gaz »…

Demain, je vous dirai pourquoi le mal hollandais est plus que jamais d’actualité. Regardez autour de vous : n’avez-vous pas l’impression d’un déjà-vu ? Russie, Chine, Afrique du Sud, monarchies du Golf… le syndrome hollandais frapperait-il à nouveau ?

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