Je rêve mon Congo

Posté par BAUDOUIN SCHOMBE le 22 août 2008

Par Thierry Nlandu, professeur à la Faculté des Lettres à l’Unikin

Mon rêve, je le veux porteur de potentialités libératrices de l’être que nous sommes à l’heure où notre société donne l’impression de sombrer dans le fin fonds des nombreux « mabuulu ya mazengele » qui vont reprendre vie dès la saison de pluie imminente qui s’annonce agressive. Mon rêve n’a pas l’intention de culpabiliser les miens, mais plutôt d’interpeller ma conscience, ta conscience, notre conscience, grâce à notre enseignement fondé sur I’ Evangile, pour les uns, devenus chrétiens si pas crétins par la force des avantages sociaux liés à leur christianisme et des autres devenus libéraux si pas bourreaux de leurs propres frères et si sœurs par la magie d’une Constitution fondatrice d’une démocratie de façade.Mon rêve est un regard critique qui refuse de croire que tout est négatif dans notre société. Il vise, au contraire, à améliorer ma société en endiguant les effets négatifs et nocifs du système qui la gouverne. Mon rêve est ce testament, prélude des mémoires que les jeunes attendent humblement de tous ceux qui, depuis 1960 jusqu’à nos jours, ont eu une parcelle d’autorité. Ces mémoires feront prendre conscience à la jeunesse des injustices structurelles, des blocages et des impasses à cause desquelles notre société piétine encore.

Mon rêve est, en définitive, cette utopie, œuvre d’anticipation de cet écrivain qui ne dit son vrai dernier mot que lorsque toute sa société semble l’ignorer. Je rêve d’une société où l’enfant recevra, dès le plus bas âge, une éducation précoce et exigeante, une société où ma fille et mon fils ne goûteront plus au lait de la magouille métaphoriquement nommée « copa copa » et de la facilité pour être formés à l’abnégation, au travail en groupe et à l’endurance. Je rêve d’un Congo où mon enfant ne sera plus éduqué au rythme du « liduusu», du « ngondo », « nkila monkroso » ou autre « salle des morts » pour être initié, dans la dignité humaine, à la maîtrise de son caractère et au goût du travail bien fait. Mon rêve est celui d’une nation où mes filles et mes fils cesseront d’être livrés à la rue pour redécouvrir la chaleur des bras d’une mère garante non seulement des traditions mais surtout des valeurs. Blottis contre sa poitrine, ils redécouvriront l’ordre, la discipline et la sécurité. Dans ses yeux, ma fille lira la volonté de réussir sa vie sans se vendre sur la place publique. Sur ses lèvres, mon fils y trouvera le mot objectivité inscrit en lettres d’or. Mon rêve est celui de voir tous les fils et toutes les filles de ce pays circulant sur nos routes, nos fleuves, à la découverte de la grandeur, de la beauté et de la richesse de nos terres, de nos vallées, de nos plaines et de nos différentes cultures. Je rêve de ce moment où ces enfants, fils et filles de Bandundu iront, dès le bas âge, à la rencontre de ceux et celles de la Province Orientale ; ceux et celles du Kasaï à la rencontre de ceux et celles du Kivu ; ceux et celles du Kivu à la découverte de ceux et celles du Bas Congo ; ceux et celles du Maniema à la découverte de ceux et de celles Kinshasa ; ceux et celles de Kinshasa à la rencontre de ceux du Katanga ; ceux et celles de l’Equateur à la découverte de ceux et celles du Kasaï, etc. dans le cadre d’un vaste programme d’intégration nationale consciemment voulu en vue de la construction d’une nation nouvelle où toutes nos ethnies seront intégrées par les mariages interethniques qui donneront naissance à des Congolais et et Congolaises, et non plus à des Bayakas, des Regas, des Balubas, des Tshokwe, des Lundas, des Babembas, des Mongos, des Tetelas, des Batandus, des Ngombes, des Banyamulenges, des Bashi, des Lokele, des Ngbandi, des Mbuza, des Bayansi, des Bambala, des Bateke, des Basuku, des Bakuba, des… Mon rêve est celui d’un Etat où les adultes ne baisseront plus leurs bras chaque fois qu’on leur parlera de leurs enfants sous prétexte d’avoir épuisé leurs énergies dans la lutte pour l’indépendance. Dans mon monde, ces bras adultes qui, après l’indépendance, ne se lassent pas de se servir se regarderont avec courage pour ne plus recevoir mais pour donner. Je rêve, oui je rêve d’une société où le père sera père et non l’homme que sa fille vient chercher chez son amante parce qu’ayant déserté le toit familial; une société où la mère sera mère et non la femme légère, inconstante, sans personnalité, pour qui ne comptent que bijoux en or et voyages en Europe, à Dubaï et en Chine. Je rêve d’une famille qui sera symbole d’unité dans la diversité et non plus cette toilette où le père, la mère, le fils et la fille ne s’aperçoivent qu’au sortir des uns et à l’entrée des autres. Mon rêve est celui d’un service public où ni la chèvre, ni les pièces sonnantes, ni ma sœur, ni mon appartenance ethnique ne garantiront ni mon engagement, ni ma promotion, mais bien ma qualification et mon ardeur au travail. Mon service public sera celui des incorruptibles pionniers qui auront appris non seulement à cueillir les fruits, mais surtout à planter les arbres fruitiers; des incorruptibles qui auront compris qu’un pot de vin de 1 $ ne représente rien par rapport au 9 $ que l’égoïsme individuel fait perdre à la nation tout entière. Mon rêve est celui d’un service hospitalier où la gentillesse du personnel sera annonciatrice des guérisons futures. Mon hôpital cessera d’être le cimetière où j’enterrerai mes sœurs, mes frères et mes enfants parce que j’aurai vendu les médicaments leur destinés ou encore parce que je ne leur aurai dispensé des soins qu’à la mesure de leurs poches. Mon hôpital sera celui où les médecins n’assisteront plus impuissants à la mort de leurs patients parce que ne disposant pas des plus élémentaires des matériels. Je rêve d’une église où le prêtre ne sera plus le complice de nombreuses injustices au nom d’un réalisme assassin. Mon église sera celle où les bienfaiteurs ne seront plus ceux qui auront détourné les deniers publics. Mon église sera la lumière portée par des hommes et les femmes qui cesseront de justifier notre indigne comportement par notre nature d’homme. Eglise des hommes et des femmes, elle sera un diamant dont l’éclat sera la voix des sans voix. Mon église sera l’église des pauvres, une église service. Je rêve d’une armée et des services de sécurité, animés par des fils et filles de ce pays, sélectionnés parmi les meilleurs de nos maisons et provinces pour former une armée républicaine qui sera une chance pour la sécurité des biens et des personnes à travers tout le pays. Enfin, mon rêve est celui d’une communauté d’universitaires et de cadres créateurs qui ne seront plus les ouvriers qualifiés dont la rentabilité n’est maximale que lorsque placés dans des conditions de travail que nous ne sommes pas encore en mesure de leur offrir. L’agronome ne sera plus cet ouvrier à même de soigner toutes les maladies du café et du thé, mais bien ce créateur qui s’acharnera à améliorer la qualité de notre manioc; ce créateur qui nous livrera le secret de la culture du « fumbwa », de la domestication des bêtes de nos forêts et savanes, et du repeuplement de nos rivières. Le pharmacien sera cet humble chercheur à l’écoute de nos praticiens traditionnels qui lui apprendront les vertus de nos plantes, les mystères de notre nature et la force de la parole. Avec le médecin, la main dans la main, ils apprendront à guérir non seulement la maladie, mais aussi le malade. L’ingénieur sera celui qui, avec les moyens de bord, trouvera une solution aux érosions qui ravagent son village, à l’approvisionnement en eau potable de ses parents condamnés à parcourir des kilomètres pour atteindre la source; à l’amélioration du réseau routier de sa région, avec l’assistance d’une population qui n’attend rien d’autre que son mieux-être. Le muséologue cessera de crier à qui veut l’entendre que l’art congolais n’est pas à sa place dans les musées pour le faire vivre dans la société. Belle sera notre ville dont les carrefours auront retrouvé la vie grâce à nos œuvres d’art. Original sera le sentier qui mène à la source lorsque des statues nous y guideront. Et que dire de ces camions qui sur la route de Bandundu ont réanimé les multiples statuettes de chez nous? Constamment arrosées par nos pluies, livrées à la pollution de nos centres urbains noircies par les rayons solaires, rongées par divers insectes, ces œuvres d’art mériteront alors le cimetière qui n’est autre que le musée. Elles seront remplacées par d’autres œuvres assoiffées de vie et initiatrices d’emplois nouveaux et d’imaginations nouvelles pour nos artistes. Le spécialiste de la poterie, gradué de l’Académie des Beaux Arts, ne fera pas seulement preuve de son talent en nous fabriquant des pots de fleurs en terre cuite, mais en améliorant la qualité des terres cuites utilisées dans la fabrication de divers ustensiles de ménages de chez nous. Il cherchera à augmenter la performance et l’aspect extérieur de nos marmites en terre cuite. Lui aussi réussira à créer l’illusion de leur nature «incassable». L’artiste, écrivain, musicien, acteur, cinéaste sera cet amoureux non seulement du ludique, du récréatif, mais aussi du vrai. L’artiste de ma société produira une œuvre belle parce que porteuse de vérité. Il ne craindra ni ses amis, ni ses ennemis dans l’exercice de sa noble mission de prophète de sa société. Il fera une œuvre originale qui non seulement parlera de son peuple, mais surtout sera destinée à son peuple. A ce dernier, il fera redécouvrir l’importance des rêveurs, du rêve et de l’utopie pour une nation en devenir. Tel est mon rêve, une utopie qui est convaincue que la construction d’un Congo nouveau, et l’amélioration de nos conditions de vie, ne pourront pas venir d’une simple décision d’en haut, mais bien d’une meilleure organisation de nos divers services, et surtout d’un esprit de pionnier et de bâtisseur. Dieu aidant, le rêve, notre rêve deviendra alors réalité.
CongoOne, Mise en ligne le 17-08-08

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