L’internet, patrimoine mondial de l’humanité ?

Posté par BAUDOUIN SCHOMBE le 13 décembre 2010

par CHRISTIAN COSTE, Libres propos

L’internet s’est invité dans nos vies plus vite qu’aucune technologie ne l’a jamais fait. Poussé par le commerce, il porte aussi des moyens de communication et d’expression inédits. Il facilite l’échange des biens, mais aussi des idées. Il anime le débat public et vivifie le contrôle des pouvoirs, quels qu’ils soient. Il est, à lui seul, une révolution comparable aux plus grandes, comme la roue, le codex, la boussole, l’imprimerie…

Naturellement il suscite les convoitises. Les gouvernements, surpris par son irruption, dans les toutes dernières années du XXe siècle, n’ont eu de cesse de vouloir maitriser cet OVNI qui prétendait échapper à leur régulation. La Chine a réinventé depuis 2006 une grande muraille pour le censurer et l’isoler. L’Iran limite volontairement les vitesses de téléchargement à un débit misérable pour les particuliers et les cybercafés et le censure. Même, les pays démocratiques entendent le maitriser au nom de la défense de l’ordre public. A cet égard l’affaire Wikileaks risque d’être à la liberté de l’internet ce que le 11 septembre fut aux libertés politiques en Amérique.

Pourtant, sans tambour ni trompette, il y a longtemps que les États-Unis ont fait main basse sur l’internet. Car s’il est sans gouvernement, sa gouvernance est le domaine réservé de sociétés américaines. L’ICANN, qui distribue et réglemente les noms de domaine sans lequel l’internet ne saurait fonctionner, est une société californienne sous la tutelle du Département du Commerce américain . Verisign, qui fournit des services d’infrastructure pour les réseaux Internet, est aussi une société de droit américain.

Internet dépend donc pour l’essentiel de la juridiction américaine. Son gouvernement n’entend pas qu’il en soit autrement. Pourquoi modifier un système qui fonctionne ? Vouloir mettre en place une gestion mondiale partagée serait, à ses yeux, vouloir faire conduire un autobus par ses passagers. En outre, principaux contributeurs de la recherche et de la maintenance de l’internet, les États-Unis entendent contrôler ce qu’ils financent.

« Sommets mondiaux sur la société de l’information » et « Forums sur la gouvernance de l’Internet » se succèdent, impuissants à faire bouger cette ligne.

Pour susciter et accompagner le sursaut de l’opinion, il faut une déclaration de visibilité, éclatante et universelle, autour de laquelle pourra se construire une nouvelle gouvernance.

Pourquoi ne pas déclarer l’internet patrimoine mondial de l’humanité, selon la procédure de l’UNESCO ? Son document-cadre « Orientations devant guider la mise en œuvre de la Convention du patrimoine mondial » définit précisément la notion de « valeur universelle exceptionnelle » comme « une importance culturelle tellement exceptionnelle qu’elle transcende les frontières nationales et qu’elle présente le même caractère inestimable pour les générations actuelles et futures de l’ensemble de l’humanité. À ce titre, la protection permanente de ce patrimoine est de la plus haute importance pour la communauté internationale tout entière ».

La définition s’applique parfaitement à l’internet. Il appartient alors aux États d’engager la procédure. Avec « l’engagement total de l’État partie à préserver le patrimoine concerné, dans la mesure de ses moyens. Cet engagement prendra la forme de mesures juridiques, scientifiques, techniques, administratives et financières appropriées adoptées et proposées pour protéger le bien et sa valeur universelle exceptionnelle ».

Chaque État a intérêt à agir. Chacun en ce qui le concerne. Et bientôt tous se verront moralement contraints de la faire. Comment se justifier de rester sur le bord du chemin ? Déclaré patrimoine commun, l’internet devra être traité comme tel. Et son image imposera son statut.

Chiche ?

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