Posté par BAUDOUIN SCHOMBE le 10 mai 2008

Entreprises publiques

Patrick Claes : de la prison à la direction de la SNCC

 dans ECONOMIE rail
Une des locomotives vieillissantes de la SNCC.

 

Par ordonnance présidentielle, Joseph Kabila a nommé, dans le cadre d’un contrat de gestion, le Belge Patrick Claes au poste d’administrateur-directeur général de la Société nationale de chemins de fer du Congo (SNCC). L’homme connaît bien le réseau ferroviaire du pays pour avoir dirigé la «Sizarail» (Société inter-régionale zaïroise de rail) au début de la seconde moitié des années 90. Arrêté et détenu à la prison centrale de Makala dans l’euphorie de la «libération » du 17 mai 1997, Claes sera libéré moyennant le versement d’une «rançon» dont la destination n’est connue que des «libérateurs».

L’histoire a de ces ironies. Il y a dix ans, jour pour jour, Patrick Claes, était présenté par Gaëtan Kakudji, alors gouverneur de la province du Katanga, comme un «paravent de Kengo» (voir La Libre Belgique datée 18.09.1998). Kakudji invoquait cet argument pour le moins simpliste pour justifier l’arrestation et surtout l’embastillement de ce manager belge qui dirigeait la Société Sizarail avec une efficacité unanimement reconnue. C’était lors d’une visite au Parlement belge, en septembre 1997, en compagnie de Bizima Karaha, alors chef de la diplomatie congolaise. Quatre mois auparavant, les «libérateurs» pris par l’ivresse du pouvoir voulaient voir des têtes rouler. Surtout les têtes de ceux qui ont eu à «collaborer» avec l’ancien régime. Pour les dirigeants de l’AFDL, la mise sur pied de cette entreprise n’a pas manqué de procurer quelques plantureuses commissions aux dignitaires du tandem Mobutu-Kengo. Premier ministre au moment de la naissance de cette «boîte», Léon Kengo wa Dondo et ses « boys » étaient particulièrement suspectés. Dix années après, revoici donc Patrick Claes qui revient par la grande porte, promu patron du réseau national des chemins de fer du Congo par… le successeur de «Mzee». On ne peut mieux souhaiter comme «réhabilitation». Que sont devenues les raisons invoquées en mai 1997? Ces raisons ont-elles disparu? Rappel historique. Au milieu des années 90, la SNCZ d’alors donnait des signes d’essoufflement:obsolescence du matériel, manque d’investissement nouveau pour renouveler le matériel roulant, personnel pléthorique etc. C’est en mai 1995 qu’est créé une nouvelle entité dénommée Sizarail. C’est une joint venture qui regroupe, outre des Zaïrois (SNCZ, SFE et OCS), des privés belges (Transurb consult) et sud-africains (Comazar-Spoornet). Durée du contrat : cinq ans. La nouvelle firme gérait une partie du réseau ferroviaire national. A savoir : 3.621 km. Selon des statistiques de l’époque (voir le magazine «Marché Tropicaux» daté 10 janvier 1997), le trafic global est passé de 519.000 t en 1994 à 689.000 t en 1995, pour dépasser le million de tonnes en 1996. Le transport de voyageurs et de marchandises a gagné en régularité. Autres effets bénéfiques : désenclavement des régions agricoles ; les trains de banlieue, arrêtés jusque là a repris du service à Lubumbashi et à Kalemie. Le rétablissement du trafic normal du chemin de fer avait permis une reprise des exportations minières, une augmentation de la production agricole et forestière. Lors d’un symposium organisé le 18 septembre 1996 à Bruxelles par la Compagnie Paribas/Cobepa sur le thème «Investir au Zaïre», Claes a profité pour communiquer ces résultats. Hélas, l’expérience Sizarail avait des adversaires coriaces. D’une part, les syndicats et de l’autre la classe politique. Les syndicats et le personnel se sentaient en insécurité face aux plans de restructuration qui impliquaient des pertes d’emploi. La classe politique suspectait des «Kengistes» de détenir des participations dans le capital. Après l’entrée des troupes de l’AFDL à Lubumbashi début mai 1997, LD Kabila s’est empressé, sans raison objective, de «nationaliser» cette société. Motif invoqué : «exploitation honteuse des richesses nationales au profit d’intérêts étrangers». Le staff dirigeant, lui, va croupir, durant plusieurs mois, dans les cellules miteuses de la prison de Makala. C’est le cas de Patrick Claes. Celui-ci n’a pu retrouver la liberté locomotrice qu’après paiement aux tenants du nouveau régime d’une somme qualifiée en Belgique de «rançon». Les «mauvaises langues» avancent le chiffre de quatre millions de dollars que l’actuel gouverneur de la Banque centrale du Congo serait venu encaisser en personne à Bruxelles…

B. Amba Wetshi/J.P Tsheba
© Congoindépendant 2003-2008

 

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